Il y a deux ans, dans une tribune publiée dans le Monde, j’exprimais au nom de la Licra mes inquiétudes profondes dénonçant la logique antisystème qui anime La France insoumise et le Rassemblement national. « Ce qui a trait à la qualité du débat public et au respect des institutions républicaines, écrivais-je alors, nous regarde au premier chef, car nous savons que de la bonne tenue du cadre républicain dépend notre avenir commun. »
Les attaques contre les « élites » ou « le système » portées par les mouvements populistes se sont toujours accompagnées de dérives xénophobes, racistes ou antisémites. La Licra ne peut qu’être sensible aux déclarations d’élus et de responsables politiques dans le contexte de crise actuelle.
La condamnation de Marine Le Pen, de neuf eurodéputés et de douze assistants parlementaires pour détournement de fonds publics a été suivie de réactions immodérées, mettant en cause le fonctionnement des institutions, allant jusqu’à affirmer la fin de l’État de droit et la mort de la démocratie dans notre pays.
Ces déclarations tonitruantes et l’ensemble des propos suspicieux qui ont mis en cause l’indépendance de la justice et qui font peser sur des magistrats d’intolérables menaces n’ont qu’un effet : donner un écho maximal aux voix de la subversion et du complotisme avec comme seul objectif celui d’affaiblir, voire d’anéantir l’État de droit, celui-là même qui protège chaque citoyen de l’arbitraire.
Non, nous ne sortons pas de l’État de droit quand les peines ne font qu’appliquer la loi.
Oui, être une élue et briguer la fonction présidentielle obligent à une hauteur morale et à un respect des institutions, sans lesquels tout est à craindre.
Non, la popularité d’une personnalité publique ne donne pas droit à s’exempter des lois et de la morale publique.
La petite musique complotiste qui se répand dans une partie du monde politique et de l’opinion, renforcée par la propagande des réseaux sociaux, n’a qu’une cible : la République.
En France, les lois s’appliquent à tous et les décisions judiciaires peuvent être contestées par la voie procédurale et alimenter le débat public avec une liberté dans l’expression reconnue et encadrée par la loi.
Revendiquer des passe-droits ou des privilèges au nom d’un poids électoral, c’est plébisciter la dictature de l’opinion. Les Français, épris de justice, ne le veulent pas.
Défendons la valeur de nos institutions, refusons le piège populiste !