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Au lycée horticole de Dunkerque, Jacques Saurel raconte son passé de déporté

publié le 27/04/2012
C'est une professeure de mathématiques qui a contacté la Licra, fatiguée d'entendre de la part d'un groupe d'élèves, des « formules racistes répétées ». Elle s'était demandée comment « élargir leur esprit, qu'ils voient jusqu’où peut mener l'intolérance ». Alors forcément, avant l'intervention de Jacques Saurel, la Licra (tout comme elle) retenait son souffle…
 

Encore enfant, Jacques Saurel a été déporté en 1944.  Cet ancien déporté, qui a survécu à l'enfer du camp de Bergen-Belsen, sait trouver les mots pour « raconter comment ce genre de choses arrive".

Jusqu'à la guerre, ce fils de juifs polonais né en 1933, n'avait pas conscience de sa « différence ». Encore enfant en 1939, « rien ne me distinguait des autres » quand la guerre débute et que son père demande à être mobilisé, explique-t-il. Il découvrira le « rejet » avec les premières lois anti-juives, le port de l'étoile jaune et les insultes. Protégé un temps par le statut de prisonnier de guerre de son père, lui et sa famille seront victimes d'une rafle en 1943, puis envoyés au camp de Bergen-Belsen. Là, dans ce qui sera surnommé « le camp de la mort lente », il découvrira l'enfer, la haine, les nouveaux cadavres qu'il faut enjamber chaque matin. Et si lui, sa mère et ses frères et soeurs sont revenus des camps, ce seront les seuls de sa famille à avoir survécu à la deuxième guerre mondiale.

Une histoire, son histoire, qu'il raconte simplement et sans amertume. Car Jacques Saurel ne veut pas donner de leçons : son désir, c'est que les élèves comprennent que « quand on réduit quelqu'un à une caractéristique, on est mûr pour une discrimination », quelle qu'elle soit. Car, malgré le devoir de mémoire, celles-ci ne disparaissent pas. Pour assurer un avenir à ses enfants, Jacques Saurel ira même jusqu'à « franciser » son nom (son patronyme d'origine est Szwarcenbergh). Une décision radicale. Il regrette qu'aujourd'hui encore certains soient persuadés de devoir y recourir.
 
En cette journée du 11 avril, il a encouragé ces élèves du lycée horticole à croire en eux et en la noblesse de leur discipline, toute manuelle qu'elle soit. « J'ai l'habitude de dire que tout est plus facile quand on est en vie », conclut-il dans un éclat de rire qui le caractérise.
Et si la professeure s'avouait « tendue » avant cette intervention, le silence presque religieux des élèves l'aura, peut-être, rassurée sur la portée du message de Jacques Saurel.